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Rose cochon veut voir le monde, version Capu au Togo ;)

J 22

Publié le 10 Juillet 2013 par Capu

Mercredi 10, 17h09

Voilà déjà 2 semaines que notre stage a commencé, et il ne reste déjà plus que 2 semaines. Eh oui, Reines de la négociation comme nous sommes devenues, on ne fait que 4 semaines pour pouvoir se balader dans le pays les 2 dernières semaines…

Le CHU Sylvanus Olympio est le centre hospitalier de référence de tout le Togo, et quand on voit les ressources techniques disponibles au CHU, on se demande bien dans quel état sont les « hôpitaux » de périphérie.

Comme je vous l’ai déjà dit, l’hôpital est blindé de chez blindé, il y a une quantité astronomique de patients dans les lits et d’accompagnants dans les couloirs et entre les bâtiments, les gens font à manger, leur lessive et dorment sur leurs pagnes multicolores à même sol. Ca doit être une formidable agence matrimoniale ces couloirs du CHR, ça déborde de gens dans tous les sens ^^

Ici ce ne sont pas les terrains qui manquent, donc l’hôpital n’est pas construit en hauteur sur 6 étages comme à Lille, mais ce sont plein de petits bunkers reliés les uns aux autres comme une gigantesque toile d’araignée, avec des préaux qui protègent les couloirs entre les locaux. Comme partout dans ce pays, les sols sont en terre battue rouge-ocre, ça fait plus chaleureux que nos bâtiments gris immondes de Salengro en béton armé comme s’il sortaient tout droit d’un film de guerre.

Tous les jours quand on passe dans ces couloirs pour retrouver notre QG de gynéco, les gens nous dévisagent en passant, déjà qu’on est en minorités chez eux, là dans un hôpital ils nous regardent d’un air curieux genre « mais d’où vous débarquez les ptits blancs?! ». Et ensuite, quand on va se changer pour mettre nos blouses et tenues de blocs, là c’est pas un air étonné qu’ils prennent c’est un mélange d’incompréhension et d’estime, comme si ils nous remerciaient de venir exercer chez eux. Assez drôle de voir ce changement de regard juste en passant du côté soignant.

Les salles de Réa, de suites de couches ou d’hospitalisation sont pleines de patients, ici pas de chambres individuelles, ce sont des grands dortoirs et les lits sont installés les uns à côté des autres, il y a un pied à perf pour 2 lits et qq prises à oxygène. Au pied de chaque lit se trouve un carton avec le matériel du patient, liquides de perf, compresses et médicaments. Ici pas de réserves de matériel, chaque patient doit acheter son matériel pour être soigné. Alors quand il s’agit d’une patiente enceinte en salle d’accouchement en pleine crise d’éclampsie (elle convulse comme une épileptique), le médicament arrive 25 minutes plus tard, le temps que la famille se rende à la pharmacie en dehors de l’hôpital. Une perte de chance phénoménale pour la mère et l’enfant. Surtout quand on apprend le lendemain que cette crise a tué le bébé, et 3 jours plus tard c’est la maman de 19 ans qui en est décédée.

Au centre de ces grands dortoirs se trouve un table qui sert de bureau médical et infirmier. Pas d’ordinateurs, les prescriptions se font sur papier; autant les ordonnances que les bilans sanguins (réservés aux plus malades, bien évidemment). Il n’a pas d’aides soignants ici, c’est la famille qui aide le malade à se laver, lui apporte à manger et change ses draps. Ce qui explique la concentration impressionnante d’accompagnants dans les couloirs. D’ailleurs les draps ce sont des pagnes africains multicolores comme on en voit partout dans les rues, alors au cœur de l’austérité qui plane dans ces salles, ces tissus ajoutent une petite touche de couleur comme si ils pouvaient amener de l’espoir pour ces malades qui auront du mal à se soigner…

Du côté des salles d’accouchement il y un peu plus « d’intimité », dans le sens où les lits sont séparés par des murets d’un mètre 20 de haut, qui servent aux patientes à se cramponner quand arrivent les contractions. Pas de péridurale ou de rachianesthésie, c’est dans leur culture d’apprendre dès le plus jeune âge à supporter la douleur. Même si elles hurlent de douleur en se tapant sur les cuisses, se marquant de bleus impressionnants, rien en sera fait pour les soulager. C’est même pire, les sages femmes crient plus fort qu’elles pour leur demander de se taire et accoucher sans hurler : « je ne peux pas pousser à ta place alors fais un effort et pousse quand tu as des contractions mais ne crie pas !! » . C’est une autre culture, comme dirait A dans AEOMC…

Et quand arrive le moment fatidique où on aperçoit la tête du bébé, la sage femme prépare son matériel et sort le bébé en quelques secondes, dans les efforts ultimes de la maman épuisée par son travail. Au début on avait l’impression que les sages femmes se faisaient toujours surprendre par les bébés qui pointaient le sommet de leur crâne sans prévenir, on a fini par comprendre que c’est totalement calculé et qu’elles laissent la maman travailler seule jusqu’au tout dernier moment. Dès que le bébé est sorti, il est emmené comme tous les autres nourrissons dans la salle d’examen des nouveaux nés, où il sera lavé pesé bichonné et emmitouflé dans un pagne africain, et il attendra là à côté des autres nouveaux nés plusieurs heures avant d’être rendu à sa maman. On a toujours pas d’explication par rapport à ça, pourquoi les nouveau-nés sont aussi longtemps séparés de leur mère après la naissance. En tout cas ça fait une ribambelle multicolore de ptits bambins tous mignons bien au chaud dans leur couverture.

A côté des différences de ressources et de matériel, l’exercice de la médecine ici est beaucoup plus clinique. Beaucoup de diagnostics sont posés uniquement sur l’examen clinique, sans confirmation para-clinique. On traite l’accès fébrile du post-partum avec une batterie d’antibio et antipaludéens, parce que ça reviendra moins cher que de chercher le germe en cause et cibler l’antibiothérapie. Les infectios français seraient fous ici ^^

Comme si c’était pour se protéger, les médecins n’instaurent pas de relation malade-médecin et ne s’impliquent pas émotionnellement dans la prise en charge de leurs patients, ce qui finalement peut se comprendre, quand on voit la vitesse à laquelle une vie peut basculer, juste à cause de l’argent qui fait défaut et qui empêche la famille d’honorer les ordonnances prescrites. Même nous on se sent parfois complètement impuissants, alors on comprend bien que ça doit être plus facile à accepter si on ne s’implique pas émotionnellement dans la prise en charge.

En dehors de ça, le système reste le même c’est assez drôle. Le médecin fait le tour de ses patients et change les prescriptions, l’interne suit en rédigeant les ordonnances, et l’externe rédige les observs et fait les bons de bilans paracliniques. Sauf qu’ici il faut un bon par analyse. Un bon pour la NFS, un autre pour l’ionogramme sanguin, un autre pour les bHCG… Il gagneraient un temps fou avec le feuilles roses de pres', ça met moins de temps de faire des ptites croix dans des cases ^^

Presque tous les jours on se fait surprendre par des situations complètement loufoques qui ne peuvent arriver qu’ici. Ma préférée c’est quand même l’histoire de la mère césarisée pour suspicion de macrosomie fœtale (un très gros bébé) et dysproportion foeto-pelvienne (donc impossible d’accoucher par voir basse le bébé ne passerait pas) ; qui n’avait pas eu de suivi échographique pendant toute sa grossesse. Elle avait un ventre énorme mais ce n’était pas un macrosomie, juste des jumeaux !! Sauf qu’on l’a su quand on a ouvert son ventre et qu’on a vu les 2 bébés ^^

Enfin voilà pour les ptites histoires de la vie quotidienne en stage à Lomé… Vous inquiétez pas pour nous, même si ça paraît plutôt violent quand je vous décrit tout ça, on commence à avoir l’habitude de se faire surprendre par ce pays si joyeux malgré les conditions de vie parfois déplorables. Tout le monde nous accueille à bras ouverts, curieux de discuter avec nous de la vie en France et ravis de nous apprendre tout ce qu’ils savent.

Dans la rue les enfants connaissent nos prénoms et sous sautent dans les bras quand nous les croisons, ils jouent entre eux à être le premier à nous taper dans les mains quand nous rentrons à l’appart.

Si il ya bien quelque chose qui va nous manquer, c’est bien l’accueil incroyable qu’on a reçu en arrivant ici…

Bisous love

Cap

1: l'entrée du CHR, 2: juste après avoir passé le portique d'entrée (à gauche les batiements administritifs, à droite les urgences puis tousles services les uns à la suite des autres), 3: les couloirs en plein air entre les batiments, 4: des ptits bouts en salle de naissance
1: l'entrée du CHR, 2: juste après avoir passé le portique d'entrée (à gauche les batiements administritifs, à droite les urgences puis tousles services les uns à la suite des autres), 3: les couloirs en plein air entre les batiments, 4: des ptits bouts en salle de naissance
1: l'entrée du CHR, 2: juste après avoir passé le portique d'entrée (à gauche les batiements administritifs, à droite les urgences puis tousles services les uns à la suite des autres), 3: les couloirs en plein air entre les batiments, 4: des ptits bouts en salle de naissance
1: l'entrée du CHR, 2: juste après avoir passé le portique d'entrée (à gauche les batiements administritifs, à droite les urgences puis tousles services les uns à la suite des autres), 3: les couloirs en plein air entre les batiments, 4: des ptits bouts en salle de naissance

1: l'entrée du CHR, 2: juste après avoir passé le portique d'entrée (à gauche les batiements administritifs, à droite les urgences puis tousles services les uns à la suite des autres), 3: les couloirs en plein air entre les batiments, 4: des ptits bouts en salle de naissance

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Ame sensible 17/07/2013 00:06

Mais tout le sable, là, ils l'ont trouvé où ?
Enième preuve que je n'étais pas faite pour de telle études : l'histoire de la jeune maman et de son bébé m'a arraché une larme.
Foutue sensibilité

bbdoc 17/07/2013 19:27

C'était là AVANT, Obélix...
lol tkt moi aussi j'étais trop chockaye quand je l'ai su... Mais ici c'est leur quotidien donc à force on s'y fait ! ;)

Mum 12/07/2013 08:58

encore une fois, tes aventures me font rêver ou plutôt réaliser ton quotidien... une toute 1ère question me vient : on dit que les bébés afwicains ne naissent pas noirs-noirs ??? tu confirmes ??? faudrait pas que je donne des mauvaises infos à mes élèves l'année prochaine :-)
finalement tu es restée en gynéco-obstétrique ??
j'adore tous leurs boubous, si tu en trouves même des petits morceaux je suis preneuse;
merci de tous les détails, j'adore découvrir tes pérégrinations de services en service, d'un jour à l'autre
bon 14 juillet à l'ambassade, tu seras la-plou-belle
aff à toi et à ton équipe

bbdoc 12/07/2013 20:31

non je te confirme ils ne naissent pas "noirs-noirs" comme tu dis, je suis même pls bronzée qu'eux quand je les prends dans mes bras (la prochaine foir je poste une photo tu verras !! )
ca marche pour les boubous, je vais aller essayer de t'en récupérer chez les couturières, c'est nos copines ;)
Bon 14 Juillet à Asnan, je penserai fort à vous !!
LOOOOVE